Oxfam America

Starbucks s’oppose au projet du gouvernement éthiopien de déposer en tant que marque les noms de cafés spéciaux

08 11 2006

Cette situation pourrait entraîner une perte pour les agriculteurs estimée à plus de 45 milliards de F CFA (88 millions de dollars US) par an.


COMMUNIQUÉ DE PRESSE


Pour une publication immédiate :

L’agence internationale Oxfam a révélé aujourd’hui que le géant mondial du café Starbucks s’est opposé au plan que l’Ethiopie a établi afin d’avoir plus de contrôle sur le commerce du café et d’obtenir une part plus substantielle des revenus pour les millions de cultivateurs de café qui vivent dans la pauvreté.   

L’année dernière, le gouvernement éthiopien a présenté une série de demandes de déposition en tant que marque pour ses cafés les plus réputés, Sidamo, Harar et Yirgacheffe. En obtenant les droits sur ces noms, l’Ethiopie serait en mesure de tirer plus de profits de ce commerce, en contrôlant leur utilisation dans le marché, permettant de la sorte aux cultivateurs de recevoir une part plus substantielle du prix en détail. L’industrie du café éthiopien et les cultivateurs pourraient gagner environ 88 millions de dollars américains supplémentaires par an.   

Starbucks, une société qui pèse 6 milliards de dollars US (3.072 milliards de F CFA), a rapidement réagi contre les demandes déposées auprès de l’Office des Brevets et Déposition de Marques des Etats Unis (USPTO). Ce dernier a rejeté les demandes de l’Ethiopie pour Sidamo et Harar, créant de sérieux obstacles à son projet. 

Seth Petchers, le responsable de la campagne Pour un Commerce Equitable sur le café de l’Agence Internationale Oxfam a déclaré: “l’attitude de Starbucks est indéfendable. La compagnie doit changer sa tactique et servir d’exemple aux autres en encourageant le plan de l’Ethiopie afin d’aider des millions de cultivateurs défavorisés à gagner une part plus substantielle des profits“.

“La possession de la propriété intellectuelle constitue aujourd’hui une énorme proportion de la valeur totale du commerce mondial mais ce sont les pays riches et les grandes sociétés qui en sont les principaux bénéficiaires. L’Ethiopie, berceau du café, et l’un des pays les plus pauvres au monde, essaye de défendre ses droits et d’obtenir plus de valeur de son produit. Elle doit être aidée, non gênée” a déclaré Ron Layton le Directeur Exécutif de Light Years IP, une organisation sur les droits de propriété intellectuelle basée à Washington DC qui aide par ses conseils le gouvernement éthiopien.

“Lutter pour les cultivateurs éthiopiens de café devrait nous permettre d’obtenir une plus grande part de la valeur de nos commandes de café sur le marché international”, a déclaré Fitsum Hailu, de l’Ambassade d’Ethiopie à Washington DC. « Ce projet est innovant – et il s’agit d’une occasion unique pour nos cultivateurs d’avoir les moyens de s’imposer dans l’arène du commerce international."

Si l’Ethiopie réussit à déposer en tant que marque ses cafés spéciaux, les cultivateurs pourraient gagner plus de ces cafés, ce qui entraînerait un changement radical dans la vie de certains parmi les plus pauvres au monde. A l’opposé, les quelques centimes en plus par livre affecteraient à peine les bénéfices de Starbucks qui ont atteint plus de 3,7 milliards de dollars US (plus de 1.894 milliards) l’an dernier.

“Les boutiques de café peuvent vendre les cafés Sidamo et Harar pour plus de 26 dollars US (13 312 F CFA) le livre grâce à leur statut de café spécial”, a expliqué Tadesse Meskela, directeur de l’Union  Coopérative des Cultivateurs de Café Orumia en Ethiopie. “Mais les cultivateurs de café en Ethiopie gagnent seulement entre 60 cents (250 F CFA) et 1,10 dollar (563 F CFA) pour leurs cultures, à peine suffisant pour couvrir le coût de production. Je pense que beaucoup de gens auraient considéré cela comme une injustice."

Starbucks est intervenu dans la décision prise par le USPTO en incitant l’Association nationale américaine du Café (NCA) dans laquelle il est le principal membre, à s’opposer à la certification des marques déposées. 

Lors d’une réunion tenue au mois de Juillet dernier à l’Ambassade d’Ethiopie, le personnel de l’Ambassade et les conseillers ont rencontré le président de la NCA afin de discuter d’une lettre de protestation déposée contre les demandes de déposition en tant que marque introduites par l’Ethiopie. L’Ethiopie avait présenté ces demandes a peu près un an auparavant. Selon les membres du personnel, lorsqu’on a demandé pourquoi après une année d’attentisme la NCA a décidé d’intenter une action, le président de la NCA leur a répondu que Starbucks venait d’attirer leur attention là dessus.     

L’Ethiopie continue de faire ses demandes de déposition en tant que marque aux Etats Unis. En même temps, elle demande à Starbucks et aux autres sociétés de signer volontairement les accords de licence qui reconnaissent immédiatement les noms de café comme étant la propriété du pays, sans tenir compte du fait qu’une marque a été déposée à leur nom. Les accords de licence permettront à l’Ethiopie de poursuivre sa stratégie d’accroissement de son pouvoir commercial et de gagner les 88 millions de dollars US supplémentaires attendus par an de son secteur du café, incluant des millions de cultivateurs de café vivant dans la pauvreté.     

Le gouvernement éthiopien a présenté un accord que Starbucks doit signer en Septembre, reconnaissant les droits du pays sur les noms Sidamo, Harar, et Yirgacheffe et spécifiant que les revenus supplémentaires générés iraient aux petits exploitants de café qui survivent. Cependant, Starbucks n’a pas encore répondu favorablement.   

Oxfam lance un appel à Starbucks pour qu’elle démontre un leadership aux autres compagnies de café en reconnaissant immédiatement les droits de l’Ethiopie dans ce cas et en signant l’accord de licence.

“Starbucks s’active pour protéger et promouvoir avec force son propre nom et sa marque à travers le monde, aussi comment peut-elle dénier à l’Ethiopie le droit de faire la même chose?” s’est demandé Seth Petchers.  

Pour plus d’informations, ou pour obtenir un entretien avec Tadesse Meskela, Seth Petchers, Ron Layton ou Fitsum Hailu, veuillez contacter s’il vous plait Helen DaSilva à hdasilva@oxfamamerica.org, +617-728-2409 (bureau) ou +617-331-2984 (cell).  

Note du Rédacteur :


Le plan de l’Ethiopie de déposer en tant que marque ses cafés spéciaux est élaboré et piloté par l’Office Ethiopien de la Propriété Intellectuelle (EIPO) et il est entrepris grâce à un financement du Département du Développement International du Royaume Uni.

Dans le cadre de ce même projet de l’EIPO, une déposition en tant que marque est en cours pour les noms Harar, Yirgacheffe et Sidamo dans d’autres pays consommateurs de café incluant le Canada, le Japon et l’Union Européenne.



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