Oxfam America

Poisson mort et pollution acide, signes de pollution au cyanure

25 10 2007

Des cultivateurs ghanéens victimes des déchets chimiques appellent l’État à rechercher et à punir les pollueurs.


Par Jerry Mensah-Pah

Comme à son habitude après chaque journée de travail, le cultivateur Paul Ayensu se rend le vendredi 14 septembre à une rivière proche de son village de Teberebie pour se baigner. Mais, ce jour-là, il constate quelque chose d’anormal : aussitôt après sa baignade, il est pris de démangeaisons. Il se met à observer la rivière : les poissons sont morts ! Il se rend ensuite à l’Awonabe, une autre rivière toute proche : encore du poisson mort !

Pour avoir déjà participé à un programme de formation initié par WACAM, une organisation de protection de l’environnement et des droits de l’homme financée en partie par Oxfam America, Ayensu n’a pas tardé à comprendre de quoi il s’agissait : « WACAM m’a appris à identifier un cours d’eau pollué », explique-t-il. Aussi, est-il allé prévenir les autres habitants de Teberebie qu’une pollution au cyanure venait de contaminer les rivières qui alimentent la centaine de familles riveraines en eau et en poisson.

Sans tarder, Emilia Amoateng, collègue d’Ayensu et dirigeante de l’association des « Cultivateurs inquiets » (Concerned Farmers’ Association) de Teberebie, décide de mener une enquête. Sachant que les projets miniers implantés autour du village se servent du cyanure pour séparer l’or du minerai, elle concentre son investigation sur les rivières polluées situées à proximité du portail sud de la société minière Gold Fields Ghana et derrière le terril de l’AngloGold Ashanti Iduapriem Mines. Cela dit, Gold Fields possède un caniveau qui se jette dans la rivière à partir de sa digue de déchets de carrières (une zone de stockage des déchets). Elle a également découvert que BARBEX Technical Services, une société qui approvisionne les différentes mines de la zone en produits chimiques, a construit un caniveau reliant son entrepôt à la rivière. Une fuite accidentelle de cyanure de l’une de ces sources peut donc facilement atteindre les rivières. Avec les fortes pluies enregistrées récemment, la probabilité de débordement des eaux de ces sites et de déversement de déchets chimiques dans les cours d’eau s’en trouve accrue.

Selon Moses Ayuba, responsable du programme régional de l’agence ghanéenne pour la protection de l’environnement (EPA, Environmental Protection Agency), les analyses de l’eau ont révélé des niveaux d’acidité extrêmement élevés. Toutefois, il s’est dit incapable d’identifier l’origine de l’acide présent dans le fleuve. Pour lui, il faudrait des analyses plus approfondies du poisson et de l’eau pour déterminer l’origine de la pollution.

Pour Daniel Owusu-Koranteng, directeur de WACAM, la pollution constitue un sérieux problème de santé publique. « Certaines personnes qui ont commis l’erreur de se baigner dans le fleuve se sont retrouvées avec la peau arrachée », affirme-t-il. « Celles qui ont bu l’eau polluée et consommé le poisson contaminé souffrent de graves problèmes gastriques. Nous avons aidé sept d’entre elles à se soigner ».

Owusu-Koranteng ajoute que les sociétés d’exploitation minière et d’approvisionnement en produits chimiques refusent d’endosser la responsabilité de la pollution. « Au départ, les sociétés minières et l’EPA ont essayé de rejeter la responsabilité sur les petits orpailleurs (ou galamsey) avant d’accuser les pêcheurs qui utilisent des produits chimiques ». Poursuivant son argumentaire, il précise que cette forme de pêche est rarement pratiquée dans cette région et, qu’en tout état de cause, elle n’est jamais pratiquée pendant la saison des pluies, période des hautes eaux. Il a en outre indiqué que la société Barbex Technical Services avait mis en garde les personnes vivant à proximité de son site contre la consommation de l’eau du fleuve, tout en les autorisant à puiser à partir de ses robinets.

Aujourd’hui, les habitants du village de Teberebie appellent l’EPA à les aider à préserver leur droit de vivre dans un environnement non pollué et envisagent d’organiser une manifestation destinée à attirer l’attention des médias sur cet incident.

Paul Ayensu

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Paul Ayensu, un des premiers villageois à constater la pollution des cours d’eau proches de Teberebie.
photo: Jane Hahn/Oxfam America
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Possion mort

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Le poisson mort est un signe de pollution. Les personnes sont tombées malades pour s’être baignées dans l’Awonabe ou pour avoir consommé de l’eau ou du poisson de la rivière.
photo: Jerry Mensah-Pah

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