Oxfam America


De: http://www.oxfamamerica.org/fr/actualite/actualite/l2019aide-americain-aux-agriculteurs-offre-peu-de-reforme-mais-promeut-l2019exces


L’aide américaine aux agriculteurs offre peu de réforme mais promeut l’excès

Mise en place: 27 05 2008

Oxfam a critiqué les responsables du Congrès américain pour avoir manqué une opportunité de transférer les subventions des riches agriculteurs vers les pauvres et les personnes dans le besoin, en finalisant un Farm Bill (projet de loi sur l’agriculture) qui ne fait que prolonger le statut quo.

Pour plus d'informations, contactez
Aliou Bassoum, Communications Associate - Afrique de l'ouest
+33 869 02 99
abassoum@oxfamamerica.org


L’organisation internationale Oxfam a critiqué les responsables du Congrès américain pour avoir manqué une opportunité de transférer les subventions des riches agriculteurs vers les pauvres et les personnes dans le besoin, en finalisant un Farm Bill (projet de loi sur l’agriculture) qui ne fait que prolonger le statut quo.

« Face à la crise alimentaire qui s’accentue chez nous et à l’étranger, le Congrès avait l’occasion, à travers le Farm Bill, de procéder à un transfert des fonds, des subventions agricoles excessives payées aux grandes exploitations vers l’aide alimentaire, afin de répondre aux besoins des pauvres », a dénoncé Raymond C. Offenheiser, président d’ Oxfam America. « Au lieu de cela, les responsables du Congrès ont établi un projet de loi qui continuera à coûter cher aux contribuables, qui porte préjudice à notre économie rurale ainsi qu’à nos relations commerciales, et qui continuera également à faire du mal aux agriculteurs les plus pauvres à l’échelle internationale ».

Malgré les prix du maïs, du soja et du blé battant tous les records, et malgré les exportations agricoles à un niveau jamais atteint, les Républicains et les Démocrates du Congrès se sont néanmoins battus bec et ongles pour empêcher toute réforme profonde du système des subventions, qui sont une aberration budgétaire et qui portent préjudice aux agriculteurs des pays en développement. Dans tout le pays, de droite à gauche, de San Francisco à Des Moines, les Américains se sont prononcés en faveur du changement de ce système qui récompense ceux qui ont le moins besoin d’aide. Malheureusement, leur opinion a tout bonnement été ignorée par ces responsables, qui ont surmonté par un deuxième scrutin le véto du président Bush.

« A un moment où l’avenir du système de commerce mondial se trouve à un tournant critique, l’amélioration du Farm Bill aurait permis de faciliter un accord OMC permettant de réduire les subventions agricoles qui faussent les échanges commerciaux, mais également de mettre fin au dumping », a poursuivi “ Offenheiser. « Mais au lieu de cela, les porcs à leur mangeoire ont préféré continuer à faire la promotion des généreuses subventions des contribuables, alors que les marchés agricoles sont au plus fort et notre économie est affaiblie ».

Malgré le fait qu’il ait procédé aux augmentations requises pour les programmes nationaux de nutrition, le Congrès n’est pas parvenu à bien traiter la crise des denrées alimentaires dont les prix sont à la hausse à l’étranger, ni à améliorer l’efficacité des programmes américains d’aide alimentaire. La loi actuelle exige que les produits pour l’aide alimentaire soient achetés aux Etats-Unis et transportés dans des navires battant pavillon américain, ce qui veut dire que l’aide alimentaire met des mois à parvenir à bon port et coûte deux fois plus cher. En transformant le quart de cette aide alimentaire en argent liquide destiné à acheter ces produits auprès de sources locales, comme l’a proposé le Président Bush, l’on pourrait nourrir davantage de personnes.

« Le Congrès doit moderniser le programme d’aide alimentaire américain, afin de transformer au moins un quart des contributions à l’aide alimentaire américaine en argent liquide, plutôt qu’en produits, conforme à la demande de l’Administration et des organisations d’aide et autres agences humanitaires internationales. Une telle réforme permettra aux agences chargées de l’aide de répondre aux urgences », a précisé Offenheiser. «Alors que la proposition de l’administration Bush aurait permis de débloquer environ 30 millions de dollars pour l’achat de produits au niveau local, chaque année, cette législation ne prévoit que 60 millions de dollars pour un petit projet pilote administré sur plusieurs années ».

Bien que limité en termes de réformes, le projet de loi final effectue des améliorations progressives en relevant les allocations pour la nutrition et la conservation et en prévoyant un ensemble de dispositions critiques à l’avantage des producteurs socialement défavorisés aux États-Unis. Oxfam a également salué l’extension des programmes américains de préférence commerciale pour les pays en développement, tel que l’Initiative pour le Bassin des Caraïbes, prévue dans le Farm Bill.

« Des mesures ont été prises pour endiguer l’héritage de discrimination pesant sur les programmes agricoles depuis des décennies, et pour procéder à l’extension de programmes de franchise de droits de douane pour certains des pays les plus pauvres de notre hémisphère », a ajouté Offenheiser. « Mais devant l’imminence d’une crise alimentaire généralisée, les actions du Congrès dans le cadre du Farm Bill relèvent de l’inconcevable, car du fait d’intérêts spécifiques et d’obstacles bureaucratiques, elles risquent de priver de ressources alimentaires de pauvres personnes vulnérables ».

Les prix des denrées de base tel que le riz, le maïs et le blé ont atteint des records inégalés au cours des derniers mois, tirant ainsi la sonnette d’alarme sur une éventuelle insécurité alimentaire. Un grand nombre de personnes parmi les plus pauvres des pays en développement dépensent entre 50 et 80% de leurs revenus dans l’achat de produits alimentaires, ce qui signifie qu’un augmentation des prix des denrées alimentaires risque de réduire la consommation d’aliments et d’augmenter le nombre de victimes de la faim, particulièrement pour ceux qui vivent déjà en marge de la société. Ceci pourrait également entraîner une instabilité sociale, comme le prouvent les émeutes de la faim au Mexique, en Egypte, en Tanzanie, au Yemen, au Maroc, au Sénégal et au Burkina-Faso. La Banque Mondiale estime que 33 pays risquent de connaître des troubles sociaux potentiels, du fait de la sévère augmentation des prix des produits alimentaires et énergétiques.

« En Afrique, tous les acquis en matière de développement, si durement obtenus, sont désormais menacés par cette augmentation du prix des denrées alimentaires », a dit Offenheiser en avril 2008. « On assiste à des situations où des familles diminuent la quantité et la qualité de leurs repas, où les enfants sont retirés de l’école ; l’on assiste également à une augmentation des tensions entre les différents groupes autour du contrôle de ressources naturelles, de la terre et de l’eau, ce qui fait craindre une certaine instabilité, si rien n’est fait dans l’immédiat pour réduire le prix de ces denrées alimentaires hors de prix ».

La hausse des prix a été causée par un certain nombre de facteurs, dont l’augmentation de la demande de l’Inde et de la Chine et d’autres pays en développement avancé, mais également la croissance démographique, l’augmentation de la demande en biocarburants et la montée des prix du pétrole et des frais de production, qui ont entraîné une hausse des coûts pour les producteurs et les négociants. En outre, les caprices météorologiques, dus en partie aux changements climatiques, ont eu un effet négatif sur les ressources alimentaires (avec les mauvaises récoltes dans certains pays qui sont les principaux producteurs de céréales).

« Le problème a plusieurs causes et appelle plusieurs réponses. Nous devons entretenir des dispositifs de sécurité dans les pays pauvres, afin d’aider les populations enlisées dans une pauvreté extrême. Nous devons investir dans l’agriculture à petite échelle, afin de stimuler la production alimentaire dans les pays pauvres. Il nous faut réexaminer les mandats régissant la production d’éthanol à partir du maïs, afin de déterminer dans quelle mesure cela contribue au problème. Mais l’action la plus simple et la plus efficace que nous pouvons mener dans l’immédiat, consiste à permettre aux programmes d’aide alimentaire américains d’acheter des produits alimentaires cultivés au niveau local, afin de prévenir les risques de famine », a ajouté Offenheiser.


© 2008 Oxfam America, all rights reserved. www.oxfamamerica.org